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Culture - Slam : la « Lyre des mots » en rentrée poétique au CCF de Lomé
Cyriaque Noussouglo | 06.03.2010 | 04:53 • MIS A JOUR LE 06.03.2010 | 05:38
Slam : la « Lyre des mots » en rentrée poétique au CCF de Lomé

Le Slam rentre dans les habitudes des jeunes Togolais. La preuve, ils étaient nombreux à faire le déplacement du CCF de Lomé ce 23 février 2010 pour écouter et apprécier le Collectif Sitou, La « Lyre des Mots » en spectacle de rentrée poétique pour le compte de cette année 2010.

Le slam de poésie, un mode d’expression populaire né aux Etats-Unis Basé sur le principe de la joute oratoire, le slam de poésie est un type d’expression populaire dans laquelle des poètes s’affrontent et reçoivent les notes d’un jury choisi au hasard parmi le public. Le phénomène est né à Chicago dans les années 80 et s’est vite propagé sur la planète à cause de son engouement populaire et ses dimensions médiatiques. Pour Marc Smith l’initiateur du mouvement, le terme slam avait choisi pour son sens sportif et ludique de "chelem" (en tennis, basketball, baseball, bridge, etc.) Marc Smith, commença par organiser des concours de poésie dans un bar dénommé Le Green Mill exactement en 1986. Le spectacle à l’origine du mouvement slam s’appelait "Uptown Poetry Slam". Il était composé en trois temps : Une partie musicale, une performance de poète invité et le tournoi de poésie, le poetry slam. Marc Smith a déclaré lors d’une rencontre à Paris en 2009 à l’atelier slam poésie du Centre Mercoeur (Paris XIème), avoir improvisé le titre du spectacle car un journaliste le pressait au téléphone.

L’âme du slam

KASS-LE-DUR ( en photo, Kass Le Dur, slammeur toogolais)Les rencontres de Slam ont pour scène les lieux publics, bars, cafés, salles de spectacles, maison des jeunes et de la culture, cinémas, bref toutes sortes de lieux pouvant réunir poètes et spectateurs. Le Slam permet aussi de proposer de la poésie dans des espaces insolites ou inhabituels, tels que bureaux de poste, librairies, médiathèques, écoles, hôpitaux, prisons ou marchés en plein air par exemple.

Le Slam est ainsi un outil de démocratisation et un art de la performance poétique. Le Slam est le lien entre écriture et performance, encourageant les poètes à se focaliser sur ce qu’ils disent et comment ils le disent. En France, le Slam se développe depuis 1998, en particulier sous l’impulsion du poète performeur Pilote le Hot. Les scènes ont fleuri dans les bars du 18ème et du 20ème arrondissement de Paris avant de se propager dans toute la France. L’entrée est libre. La plupart des scènes Slam se déroulent sans enjeu ni compétition, avec un alibi convivial, " l’exception culturelle " à la française, servant de signe de ralliement aux poètes hexagonaux : 1 poème dit = 1 verre offert.

Les principes

Les règles du slam de poésie à peu près les suivantes : • inscriptions ouvertes à toutes et à tous ; • performance a cappella ; • pas de décorations sonores, lumineuses ou vestimentaires ; • liberté de l’expression ; • temps de parole de 3 minutes maximum ; • un texte dit, un verre offert (non cumulable) ; • textes issus de sa propre création.

L’entrée est le plus souvent libre ou à prix minime. La plupart des scènes sont des scènes ouvertes. La scène est ouverte quand tous ceux qui le désirent peuvent investir la scène et s’exprimer. Il n’y a pas de limites d’âge ou de style. On vient y dire, lire, scander, chanter, ou jouer des textes de son cru sur des thèmes libres ou imposés.

Le spectacle du Collectif Sitou dans l’âme

Ap'Nondas (Ap’Nondas en photo) A l’occasion de la rentrée 2010, le Collectif Sitou a donné rendez-vous au public et cela se fera tous les mois. Sur scène deux slammeurs (et trois musiciens, 1 batteur de djembé et deux guitaristes dont une jeune fille) : AP’NONDAS (Arnold Apéto Epaminondas) et Kass Le Dur (Komi Ayi Stan Sitou) ; deux styles et des textes choisis et orientés par thèmes, très engagés faisant le tour de plusieurs sujets socio-politiques.

« Larme dans l’âme » est le texte politique, la dénonciation d’un pouvoir confisqué presque sans espoir. Il aborde la question de l’alternance politique au Togo : une situation d’écartèlement et de suspension entre deux mondes : « Ni libres, ni en prison ». Pour Kass le Dur, c’est quand même une situation insolite, psychologiquement inconfortable et absurde : « on tourne en rond » avec ce paradoxe qu’on vous tourne la brindille dans la plaie en vous demandant de ne pas crier ! Puis a été abordé le cas des enfants soldats qui, à la place de jouets, ont plutôt à « s’amuser » avec les armes a été abordé ; ensuite suivit un texte pathétique : « Cette femme…il ne faut pas la sous-estimer » qui relate la situation d’une fille délaissée, trompée dans une relation amoureuse et dont le destin bascula suite à un meurtre ; elle est devenue un objet sexuel suite dans un viol collectif organisé dans sa prison par ses geôliers. Elle est régulièrement « soumise au cumul de sperme de soldats nus », une pilule difficile à avaler ; après l’évocation de ce drame et de cette violation des droits humains, suivit la dénonciation de l’irresponsabilité d’un géniteur qui abandonne son fils à la débrouillardise, happé par la rue…

Bref, ce premier passage du duo du Collectif Sitou a égrené un pan de l’histoire humaine étalée en vers aux sonorités et aux musicalités qui en ajoutent à une esthétique de la dénonciation ou de l’engagement suivant le credo du groupe Sitou : « Du Cri au Mot, communiquer l’Esprit de la Parole » ; tout cela sur un air à la fois ludique et sérieux, rythmé de djembé et de guitare. Le temps s’égrène sans qu’on s’en rende compte. Le spectacle s’acheva sur des pas de danse particulière auxquels fut convié le public

Il faut rappeler que le Collectif SITOU (en Mina Grâce et Bénédiction) est un trio de jeunes slammeurs Togolais qui a travers le Slam étale au grand jour tout ce qu’ils «  ont de commun et de différent…Trois plumes, Trois styles, Un seul Slam. SITOU dans l’âme ! » Leur association a vu le jour 1er Juin 2009 à Lomé au Togo.

Par Cyriaque Noussouglo Photos : Marina Cortin
© Togocultures

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